Quand la Suisse a laissé filer le financier présumé du génocide au Rwanda

Accusé d’avoir joué un rôle majeur dans le génocide des Tutsi au Rwanda, Félicien Kabuga a séjourné en Suisse en 1994. Par manque de courage, les autorités helvétiques, pourtant alertées à plusieurs reprises, ont choisi de l’expulser plutôt que de tenter de le poursuivre en justice. Une décision politique dont la responsabilité a ensuite été reportée sur un seul fonctionnaire.
Sommaire
Accusé par la justice internationale pour son implication présumée dans le génocide des Tutsi en 1994, Félicien Kabuga est mort en mai 2026 sans avoir été jugé. Bien qu’il ait été arrêté en 2020 en France après une cavale de plus de 25 ans, les magistrats avaient conclu que cet ancien homme d’affaires richissime était «inapte» à subir son procès, car atteint de démence.
Il aurait pourtant pu en être autrement si les autorités helvétiques avaient fait preuve de plus de courage. En effet, au lieu de l’arrêter alors qu’il se trouvait en Suisse, elles avaient préféré se débarrasser rapidement du problème en expulsant du territoire ce personnage bien encombrant. L’affaire avait fait grand bruit, provoquant la mise à la retraite anticipée du directeur de l’Office fédéral des étrangers (OFE), Alexandre Hunziker.
En 1994, proche du régime rwandais, Kabuga est l’un des fondateurs et actionnaires de la Radio des Mille Collines, instrument de propagande des extrémistes hutu, qui distille la haine envers les Tutsi et encourage les massacres. Durant le génocide, il crée un fonds permettant l’achat d’armes et de munitions pour les tueurs. En juin 1994, comme beaucoup d’extrémistes hutu ayant fui devant l’avancée des troupes du Front patriotique rwandais (FPR) luttant contre le régime, Kabuga se trouve au Zaïre. Il cherche à rejoindre l’Europe, notamment la Suisse, où l’un de ses gendres n’est autre que Fabien Singaye, deuxième conseiller de l’ambassade rwandaise à Berne, en réalité un espion surveillant les opposants au régime. Même si Kabuga déclare vouloir se rendre ensuite en France, le choix de la Suisse ne doit sans doute rien au hasard, les proches du régime la considérant comme un pays ami: active au Rwanda via l’aide au développement, la Suisse a fermé les yeux pendant des décennies sur les exactions contre les Tutsi.




Commentaires
Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.