La gauche suisse, historiquement porteuse des luttes pour la paix, se retrouve divisée face à l'initiative sur la neutralité. Tandis que PS, Verts et SolidaritéS rejoignent une union sacrée avec la droite et les milieux économiques pour la combattre, une minorité pacifiste et internationaliste y voit au contraire un outil de non-alignement face aux impérialismes. Entre désir de sanctions, dépendance croissante à l'OTAN et bons offices oubliés, cette fracture interroge: comment les gauches peuvent-elles retrouver un chemin commun vers la paix?
Sommaire
L’initiative populaire sur la neutralité suisse a été pensée par un citoyen socio-démocrate, René Roca, déçu d’une neutralité «bricolée au gré du vent» par nos sept sages. En l’absence d’intérêt du PS, des Verts et de SolidaritéS, il aurait trouvé, avec Pro-Suisse et l’UDC, des alliés de circonstance, traditionnellement attachés à l’idée de neutralité. Ayant pour slogan une colombe de la paix, l’initiative est soutenue par un groupe de gauche: le «Comité pacifiste et internationaliste pour la neutralité» qui rassemble le PST-POP (Parti suisse du travail et Parti ouvrier populaire), le Parti communiste (PC), le Comité pour la Genève Internationale et sa Neutralité (CoGIN), des citoyens indépendants et l’Association Suisse-Cuba. Cette alliance, qui défend le «Oui» à l’initiative, porte un message de non-alignement face à l’impérialisme étasunien et européen, de solidarité internationale et de paix.
Le clivage est net. Tous les partis de la gauche à la droite, la combattent. Les Verts, le PS et SolidaritéS soutiennent le «Non», rejoignant une union bourgeoise qui accuse l’initiative d’être un complot d’extrême droite «pro-Blocher» et «pro-Poutine». Pour les Verts et les rouges — ou plutôt bleus, selon le conseiller national vaudois Samuel Bendahan — le fait que son porteur principal soit l’UDC active un réflexe de cordon sanitaire qui cantonne le débat à la superficie du texte. SolidaritéS considère que l’initiative veut pousser la Suisse dans l’indifférence et l’inaction et, surtout, faciliter le commerce d’armes. Le PS souhaite continuer à prendre des sanctions contre Poutine et plébiscite la flexibilité du Conseil fédéral (CF). Ignazio Cassis (mettant en jeu la crédibilité du CF et du pays dans la campagne), le PLR, les industriels de l’armement (!) et même les banques suisses (soumises aux règles américaines) sont aussi vent debout contre cette initiative.
En 2003, toute la gauche manifestait contre l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis. Depuis dix ans, un revirement s’est opéré: les mêmes organisations qui condamnaient hier la guerre la soutiennent indirectement aujourd’hui en prenant parti ou en réclamant la protection de l’OTAN. Timeo Antognini du PST-POP estime que le PS et les Verts se sont égarés et appelle à reconstruire le mouvement pour la paix. Afin de tenter de comprendre les points d’achoppement des gauches, reprenons point par point les arguments de l’initiative qui sera soumise au vote ce 27 septembre.






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